Virus et tulipe

VIRUS et Tulipe

La tulipomania, une vente frénétique de bulbes de tulipes, fait rage en Hollande entre 1620 et1637.

De certains bulbes jaillissent des tulipes blanches plumetées et flammées de rouge, parfois avec des tépales dentelés et sont nommées « cassées ». Cette apparition miraculeuse laissait les pépiniéristes dans l’ignorance, ce côté mystérieux augmentait la spéculation. Cependant, Van Oosten, un pépiniériste cherchait à obtenir ce mélange de couleurs en mettant à l’abri du soleil les plantations et pensait que le miellat des apidés semblait être à l’origine de ces nouvelles couleurs. Après l’achat des bulbes, le changement de couleurs devait être signalé au fleuriste, un nom lui est donné ce qui correspond aux noms des cultivars actuels. La ‘SemperAugustus’ fut la plus recherchée et peinte sur de nombreux tableaux. Au cours du temps ces bulbes devenaient chétifs.

Le microscope électronique, vers 1920, résous l’énigme, le bulbe possédait un virus, le virus de la mosaïque, un virus transmis par un puceron ce virus mettait en silence le gène de la fabrication des anthocyanes, et apporte la panachure blanche des tépales, les graines ne reproduisaient pas des tulipes semblables à la tulipe mère. Van Oosten n’était pas loin de la vérité, encore fallait il que l’apidé abrite le virus en question.

Pour en savoir plus de l ‘histoire extraordinaire de la tulipomania. La tulipe Anna Pavord Actes Sud 2001

Pour compléter l’aventure de la tulipe, le délire spéculatif, l’efficacité sournois d’un virus.  Botanique du désir M.Pollan autrement2004 (page 81 chapitre 2)

Les virus

Virus, ces inconnus

L’homme et les micro-organismes qui l’habitent niveau peau ; niveau intestin niveau poumons…est un écosystème à lui tout seul. Ces micro-organismes sont les bactéries et les virus. Les bactéries, comme les cellules possèdent le même code de construction : l’ADN, les virus sont démunis pour vivre se reproduire, ils possèdent soit l’ADN soit de l’ARN.

La composition des milliards de micro-organismes de chaque organisme vivant varie en fonction de la zone géographique. Une maladie infectieuse est un déséquilibre entre nos micro-organismes et notre organisme.

La science avance au fur à mesure qu’elle se dote de nouveaux outils, au XX° siècle, le microscope électronique, les progrès de la génétique changent la conception de la vie et son évolution, et permettent la découverte de ces virus non visibles à l’ œil nu et l’exploration du génome.

Le virus à ADN change peu de génome. Les Virus à ARN ont un génome qui varie au cours du temps suite à des mutations, ils échangent des portion d’ARN entre eux, et s’associent avec des bactéries.

La variole a pour origine un virus à ADN, virulent qui subit peu de mutations, un vaccin plus facile à élaborer.

Sida, grippe, rougeole, mononucléose, dengue, chikungunya, grippe aviaire, grippe porcine, grippe, SRAS, ont pour origine un virus ARN, un vaccin plus difficile à élaborer.

Le virus du Chikungunya véhiculé par le moustique tigre sévit en Afrique noire, puis au gré de mutations il se répand à la faveur des transports, du flux humain, il atteint tous les coins du monde transmis par son vecteur le moustique tigre.

Certains cancers sont dus à un virus, Harald zur Hausen en 2008 obtient le prix noble pour ses recherches sur le lien entre le papillomavirus et le cancer du col de l’utérus.

Les dogmes :gène une protéine, tout ce qui est vrai pour le colibacille est vrai pour l éléphant (J.Monod) sont devenus au XXI° siècle trop simplistes. La découverte du plus gros virus Minivirus dans une amibe, par l’équipe du professeur, D .Raoult remet en cause les virus sont de petite taille. Il a mis en évidence un couple de malfaiteurs ; virus, bactérie. Le virus de la rougeole atteint les alvéoles pulmonaires, puis certaines bactéries présentes agissent en déclenchant une pneumonie mortelle, tel virus tel symptôme ne peut pas toujours s’appliquer.

Les connaissances génétiques progressent, l’ADN plan de construction des cellules, l’ARN messager transcrit ce plan en protéines, à l’aide des ribosomes, et l’ARN interférent, régulateur de l’activité de l’ARN messager, intervient pour stopper une construction de protéine, sa découverte par Andrew Fire et Craig Mello, est récompensée en 2006 par le prix Nobel. Beaucoup d’espoirs dans cet ARNi qui interviendrait dans la défense de génomes étrangers, des virus. Cet ARNi correspondrait à la co-suppression, a été mis en évidence chez les plantes en 1900 par Richard Jorgensen.

Certains ARN viraux retranscrits en ADN s’intègrent dans l’ADN de l’hôte au cours du temps, l’ADN humain possède 8% d’ADN viral qui reste silencieux.

Encore de nouveaux virus,  la science reste une aventure pleine de promesses pour qui a su garder un esprit curieux.

Pour en savoir plus

Dépasser Darwin. L’évolution comme vous ne l’aviez jamais imaginée par Pr.Didier Raoult avec la collaboration de Véronique Dupont. Chez Plon 2010

Thèse de Gaëlle Creusat. ARN interférence,  une nouvelle stratégie thérapeutique, www.hal.univ.-lorraine.fr (2009)

Virus ennemi, et ami

La pandémie SARS -CoV-2 a permis de mettre en relief les virus leur rôle pathogène et utile. Un virus pour se reproduire a besoin d’introduire son matériel génétique ADN ou ARN dans la cellule d’un organisme hôte, il entre dans celle-ci à la façon d’ une clef / serrure, il utilise son matériel génétique et protéique pour construire de nombreux virus. L’ARN viral est à l’aide d’une enzyme virale est incorporé dans l’ADN sous forme de double brin. Ainsi, le génomome humain possède de l’ADN viral, l’identification des gènes viraux montrent nos infections passées. Les virus utiles sont des bactériophages, qui infectent les bactéries de notre écosystème, et réalisent un contrôle en supprimant les bactéries pathogènes, ils pratiquent la phagothérapie.

Les virus au cours du temps grâce à l’intégration de leur gène dans notre génome, de fabriquer une enzyme digestive l’amylase salivaire, de réaliser la plasticité des neurones, une protéine indispensable à la fusion d’un spermatozoïde et d’un ovocyte.

« les virus qui ont provoqué les pandémies font partie que d’une infime partie des dizaines de milliers d’espèces connues, certains vivent dans l’ombre, d’autres nous ont été bénéfiques, car en biologie , il n’y a ni bons ni méchants ».

Pour en savoir plus

Les virus, des ennemis pour l’espèce humaine ? Par Christine Dabonneville ESPèces n°37 Septembre 2020