un botaniste avant l’heure

Jean-Jacques Rousseau plus qu’un Herboriste, un Botaniste rigoureux

A son époque la Botanique est encore regardée comme une partie de la médecine, pour J.J.Rousseau, la dénomination des plantes semble insuffisante comme leur connaissance. Pour s’opposer aux Herboristes ceux qui connaissent les simples et les vendent, il se nomme « botanophile »soit  une personne non scientifique qui s’intéresse aux plantes pour elles-mêmes.

……;”ces plantes avoient des noms vulgaires différents dans chaque canton, et ceux qui les indiquent pour leurs drogues ne leur donnoient que des noms connus tout au plus dans le lieu qu’ils habitoient et quand leurs récipés couroient dans d’autres pays , on ne sa voit plus de quelle plante il y étoit parlé “

Chacun en substitoit une à sa fantaisie , sans autre soin que de lui donner le même nom.

Ces remarques sont encore d’actualité, les plantes médicinales ont souvent des noms vernaculaires dont il faut se méfier. Le choix d’une plante pour la tisane nécessite son nom latin et de plus

….le nom latin est le seul moyen de s’entendre avec les botanistes du monde entier …….ma plume se refuse de tracer ici les terribles accidents que causent tous les jours dans les grands villes surtout l’ignorance et la mauvaise foi des Herboristes ……Il s’insurge sur l’appellation Lamier blanc ou Ortie blanche, ….compter ainsi parmi les orties une plante qui n’y a pas le moindre rapport Le Mouron des bonnes femmes et celui des herboristes ne correspondent pas à la même plante, de même pour la coquelourde des jardiniers et de celle des herboristes de l‘argentine des fleuristes et celle des paysans . Ne pas confondre Nigella sativa et Nigella damascena Ne pas confondre Citrus grandis le vrai pamplemousse (un énorme fruit peu présent sur les marchés) et Citrus paradisis le Pomelo vendu sous le nom de pamplemousse. Ainsi chaque région a son arnica Arnica montana (le vrai), Inula montana , Anthyllis vulneraria

La dénomination ambigu d’une plante par ses noms vernaculaires disparaît avec la classification du savant suédois Carl von Linné (1707-1778)

Pour déterminer une plante, à cette époque il n’y a pas d’ouvrages botaniques pour le non spécialiste et il n‘y a pas de maître. Faute de moniteur il se constitue une véritable bibliothèque spécialisée. Il s’interroge sur cette absence de couleurs au niveau des dessins

….il faut apprendre empirement les noms de certaines plantes avant de vouloir les étudier méthodiquement il faut premièrement être herboriste et puis après devenir botaniste , si l’on peut;;;

L’ Herbier est un outil indispensable à Jean-Jacques Rousseau

« les herbiers sont des jardins vivants même l’hiver consultés à toute heure.. » Michel Adanson 1763

N’ayant pas réussi dans le dessin et la peinture il délaisse les pinceaux mais il trouve de l’intérêt à colorier les planches de botanique, il met de la couleur autour de ses planches d herbiers

Il accorde du temps et du soin à la conservation des plantes, et il démarre aussi un système d’échange avec des correspondants botanistes, ce qui est très prisé au XIX° siècle

…. Feuilles de beau carton fort et bien battu feuilles de papier bleu autant de rouge . Le tout destiné à placer et à coller des plantes … Le papier de couleur est fait pour ressortir les plantes à fleurs blanches sur un fond d’une autre couleur

Jean-Jacques Rousseau appelle « mémoratif » les plantes récoltées, déterminées, séchées dans un Herbier Il cherche à augmenter son herbier chaque fois qu il le peut, il en achète à des herboristes. Il n’a pas négligé les mousses et les lichens , il envisage des herbiers pour débutants . Il a conservé aussi les fruits et les graines

L’Herbier est toujours d’actualité,

il représente la mémoire des plantes,dans les herbiers nationaux il y a une planche d’herbier « type » présentant l’espèce de référence avec une description définissant cette espèce et assurant l’identification correcte d’autres exemplaires, si l’exemplaire présente des différences des recherches sont menées pour une nouvelle identification, et aussi la clef du futur, les plantes séchées se réhydratent facilement et délivrent leur contenu, leur patrimoine génétique, la flore des continents peut-être reconstitué et mettre en évidence une évolution de la flore jusqu’à nos jours

Si J.J.Rousseau a conservé les fruits et les graines , ce matériel végétal se retrouve aussi dans les herbiers nationaux

Herbier et contraintes actuelles

Faire un herbier actuellement exige des contrainte pour respecter la flore, interdiction de cueillette dans les parcs nationaux, dans les réserves biologiques, des plantes figurant sur les listes des plantes protégées données dans chaque préfecture L’herbier papier est remplacé par l’herbier photo.

J.J.Rousseau à la recherche d’une classification

Ou J.J.Rousseau devient le grand défenseur de Linné (1707-1778)

Carl von Linné , savant suédois publie Species plantarum où chaque plante est identifiée par une appellation binomiale, il rencontre en France de nombreux détracteurs, dont le botaniste Adanson. Il trouve dans cet ouvrage ce qu’il attendait, de l’ordre et de la rigueur dans le monde des plantes , et une dénomination universelle.

Jean-Jacques Rousseau en fait l’éloge dans son Dictionnaire d’usage en Botanique. Progressivement la botanique va s’imposer à côté des autres sciences

Officiellement le nom de l’espèce est suivi du nom de la personne qui l’a décrite ce nom est valable qu’à dater du jour où il a été publié, publication soumise au Code international de Nomenclature

La synonymie des plantes, La botanique et le latin

J.J.Rousseau lit le latin, notamment dans le Systema nature de Linné, et fait des annotations en latin

Pour lui sa référence est le Species plantarum de Linné .

J.J.Rousseau et les cultivars

..l’Homme a dénaturé beaucoup de choses pour les mieux convertir à son usage…..vous aurez beau planter des pépins de poires et de pommes des meilleures espèces , il n’en naîtra jamais que des sauvageons. Cependant il apprécie les parcs et jardins qui permettent l’observation des plantes venues d’ailleurs, cependant il a touché la notion de cultivar

Au temps de Carl von Linné et J.J.Rousseau les espèces étaient considérées comme immuables , avec un nombre invariable depuis la Genèse, aujourd’hui elles évoluent , de nouvelles apparaissent par le jeu des mutations naturelles, par les mécanismes de dérive génétique . Sans mutations pas d’espèces cultivées Les espèces cultivées sont le « fruit » des mutations que l’homme a sélectionnées pour usage domestique, alimentaire, esthétique …Ces mutations font la beauté des jardins de Camellias par des jardins de Rose…..

Nouvelle botanique, la classification phylogénétique

Avec Linné la classification s’appuie sur des caractères visibles que manifestent les plantes , on avait tendance à penser que des plantes partageant un même caractère sont de proche parent, mais ce même caractère indique une « convergence évolutive » soit une forme d’adaptation aux mêmes conditions environnementales

La dernière classification celle d’A.Cronquist qui est proche de celle de Linné, recherche des caractères qui minimisent les phénomènes de convergence , certaines espèces ont changé de famille Exemple de convergence : certaines Euphorbiacées ont le caractère de succulence comme certaines Cactacéees ou encore Astéracées

Actuellement l’étude des caractères externes des plantes , des caractères biochimiques ne sont plus le départ d’une classification . Les botanistes prennent une nouvelle voie, l’analyse de la séquence de la molécule d’ADN soit dans le noyau ou le chloroplaste . L’appréciation des différences des séquences d’ADN est possible grâce à l’outil informatique.

Ce qui permet de remonter à l’ancêtre commun, tous les individus descendant d’un même ancêtre sont regroupés en « clades » ou « lignées , des relation,s sont établies entre les différents clades pour construire un cladogramme

L’abandon des remarques pertinentes de J.J.Rousseau

En effet le platane est dans le même clade que le lotus tous les deux un grain de pollen à trois pores, ce qui les place dans les eucotylédones , ordre des Protéales et la famille des Platanacées et des Nelumbonacées et le lotus se trouve séparés du nénuphar !!!!!!quel aurait été l’ étonnement pour J.J.Rousseau

D’après la bibbliographie de J.J.Rousseau de Guy Ducourthial.